30. mars 2026 de Marco Wedekind
Les FHIR (Fast Healthcare Interoperability Resources) dans le système de santé suisse
La Suisse est très innovante, mais elle a encore du retard à rattraper en matière de digitalisation de son système de santé. Malgré de nombreuses solutions déjà en place, comme le dossier électronique du patient (DEP), les systèmes de gestion de cabinet ou les portails patients, les informations ne circulent toujours pas entre ces outils. La charge administrative pèse de plus en plus sur les professionnels de la santé. Dans cet article, nous vous montrons, à travers un exemple concret, comment la standardisation peut aider à relier des solutions numériques entre elles et à accélérer les processus.
Depuis 15 ans, la Suisse occupe la 1re place du Global Innovation Index. Des conditions idéales, donc, pour tirer parti de la numérisation du système de santé, un domaine où la Suisse reste pourtant à la traîne. Les retours d’expérience d’Allemagne montrent que la standardisation à l’échelle nationale ne peut réussir que si elle soutient de manière ciblée les processus pertinents. Cela suppose une collaboration interdisciplinaire entre les législateurs, les organes nationaux de pilotage et les experts du terrain (par exemple chez les prestataires de soins et les fabricants). En Suisse, le programme national DigiSanté porte cette ambition. C’est une opportunité de taille : grâce à la standardisation, des données saisies une seule fois peuvent être réutilisées plusieurs fois, réduisant ainsi la charge administrative. adesso Suisse contribue à cette réussite grâce à son expertise. L’étude de cas ci-dessous illustre le rôle du standard Fast Healthcare Interoperability Resources (FHIR) de l’organisation internationale HL7 le standard de référence pour l’échange de données de santé. Dans les prochains articles, nous irons encore plus loin dans les usages de FHIR.
Étude de cas
Mara, 22 ans, se prépare pour une grande compétition d’athlétisme. Elle intensifie son entraînement et ressent bientôt de fortes douleurs à la jambe droite. Son orthopédiste, le Dr Peter Meier, diagnostique une fracture de fatigue du tibia droit, mais souhaite faire valider son diagnostic par une experte en radiologie. Mara repart donc avec un support de données, une demande d’examen et des documents d’accompagnement au format papier, puis prend rendez-vous. À la radiologie, le support de données est importé dans le système principal. Les informations pertinentes figurant sur la demande et les documents annexes sont également saisies dans le système. Une fois le second avis établi, Mara reçoit un nouveau support de données ainsi que le compte rendu papier. Elle retourne ensuite chez le Dr Meier, reprend un rendez-vous, et le cabinet importe à son tour les données de la radiologie, tout en retapant les informations essentielles depuis les documents papier.
La même étude de cas - avec FHIR
On peut faire mieux. Au lieu de confier à Mara un support de données et des documents papier, le Dr Meier dépose la demande de second avis dans le DEP (Dossier électronique du patient) de Mara. Le cabinet de radiologie dispose alors directement de toutes les informations pertinentes, idéalement préparées dans son système principal, et peut planifier rapidement le travail. Les résultats sont déposés dans le DEP de Mara et deviennent ainsi disponibles au plus vite pour le Dr Meier, directement depuis son système habituel. Mara n’a plus à enchaîner les prises de rendez-vous, ni à jouer les coursières à côté de ses études.
Pour rendre la communication entre le cabinet du Dr Meier et le cabinet de radiologie aussi fluide que possible, l’éditeur du système principal a opté pour le standard international FHIR. Il investit ainsi dans une technologie porteuse d’avenir.
Pourquoi FHIR
Il existe, en plus du FHIR, plusieurs autres standards pour l’échange de données de santé. Alors pourquoi FHIR est-il le standard dans le système de santé en Europe et en Suisse ? Lorsqu’on veut échanger des données entre différents acteurs du système de santé, cela se fait généralement via Internet. Or, l’échange de données sur Internet est un problème déjà résolu : FHIR ne réinvente pas la roue. Pour l’échange de données, FHIR définit par exemple des API RESTful et utilise JSON ou XML pour représenter les données, comme la plupart des services web. Les solutions basées sur FHIR peuvent ainsi être mises en place facilement sous forme de services cloud, dans des applications mobiles ou des solutions de télémédecine. Grâce à ces technologies largement répandues, FHIR est aussi plus simple à comprendre et à implémenter pour les développeurs, qui peuvent s’appuyer sur un vaste écosystème de développement.
En tant que standard de plateforme, FHIR prend en charge toute la diversité des systèmes de santé à travers le monde. Les différents types de données de santé sont modélisés sous forme de ressources FHIR : des modèles génériques permettant de capturer des données cliniques et administratives. Ces ressources peuvent ensuite être adaptées à des cas d’usage spécifiques, comme la demande de second avis, et à des particularités régionales, par exemple celles du système de santé suisse. Ces adaptations sont décrites dans des profils, rassemblés dans des guides d’implémentation FHIR (FHIR Implementation Guides, ou FHIR IG) afin de les mettre en contexte. Ce contexte peut être, par exemple, la demande de comptes rendus en radiologie. Pour rendre les FHIR IG contraignants et ainsi préserver la qualité du standard, ils sont discutés et validés avec les parties prenantes pertinentes via un processus de “balloting”. Le standard FHIR reste ainsi vivant, extensible, et pourtant robuste et fiable.
Ce niveau de flexibilité, d’encadrement et de gouvernance n’est pas offert par d’autres standards, comme HL7 v2, très répandu pour les échanges au sein d’un même établissement. HL7 v2 échange des données sous forme de messages via le protocole MLLP. Pour de nouveaux développements visant des échanges inter-établissements via Internet, mieux vaut éviter MLLP : les partenaires de communication auraient alors besoin d’une solution d’adaptation en dehors du standard HL7 v2. De plus, les adaptations HL7 v2 sont souvent définies localement, peu standardisées et mal documentées.
Saise structurée des données
Comment l’éditeur du système principal du Dr Meier a-t-il implémenté FHIR pour envoyer une demande de second avis à l’experte en radiologie ? Avant de rédiger lui-même un FHIR IG et de le soumettre au processus de balloting avec la communauté FHIR internationale, il recherche un FHIR IG existant, adapté au cas du second avis dans le système de santé suisse. Justement, HL7 Suisse a déjà couvert ce cas dans le FHIR IG suisse pour les demandes de radiologie, « CH RAD-Order ». Le guide « CH RAD-Order » définit un questionnaire, QuestionnaireRadiologyOrder , pour saisir les informations requises, ainsi qu’une ressource ServiceRequest pour déclencher le second avis. « CH RAD-Order » s’appuie sur la standardisation internationale, basée sur FHIR, du Structured Data Capture (SDC IG). Le SDC IG définit comment créer des formulaires et questionnaires dans le domaine de la santé, les préremplir automatiquement et les traiter numériquement. En s’appuyant sur le SDC IG international, les FHIR IG suisses bénéficient de ses améliorations au niveau mondial et deviennent plus interopérables. On évite ainsi des solutions en silos, incapables de communiquer au-delà de leurs frontières locales, cantonales ou nationales.
Ça circule
Dans le meilleur des cas, le système principal du cabinet de radiologie a déjà implémenté des demandes conformes à « CH RAD-Order ». Le questionnaire QuestionnaireRadiologyOrder peut alors avoir un contenu différent de ceux déjà intégrés. Mais le système principal du cabinet de radiologie peut implémenter de façon générique les questionnaires FHIR selon le SDC IG. Ainsi, la demande du Dr Meier, lue depuis le DEP de Mara, peut être interprétée et affichée sans adaptation spécifique du système principal.
Le FHIR peut donc être implémenté de manière prospective, de sorte que certaines extensions deviennent possibles de façon simple, sans interruption de service. Pour que cela fonctionne sans accroc, il faut une bonne maîtrise du standard FHIR et une vue d’ensemble solide des cas d’usage.
Marges de manceuvre
Si l’échange pour demander un second avis entre le Dr Meier et le cabinet de radiologie n’est pas encore implémenté, le SDC IG et le FHIR au sens large, laissent une certaine marge de manœuvre. Le second avis, sous forme de questionnaire conforme au SDC IG, peut être reçu directement par le système principal de radiologie, par exemple via des API RESTful, ou encore via une messagerie sécurisée, conçue pour les besoins du secteur de la santé. Une telle messagerie a parfois déjà été déployée pour d’autres cas et peut alors être étendue au traitement des demandes de second avis.
C’est à la fois une chance et un casse-tête : ces différentes options de transmission multiplient les implémentations possibles, ce qui met les éditeurs au défi. Tout supporter peut vite devenir trop coûteux. Quelle option est alors la plus économique et la plus pérenne ? La standardisation peut aider à ramener l’effort d’implémentation côté éditeurs, et les coûts côté prestataires, dans un cadre économiquement raisonnable.
Le fond du sujet
Au-delà du choix du canal de transmission (entre API RESTful et messagerie par exemple) il faut aussi décider du contenu, afin de rendre le standard FHIR plus exploitable pour certains cas ou certaines contraintes.
Deux exemples simples :
Les FHIR IG suisses doivent-ils ne prendre en compte que des patients suisses ? Les profils peuvent alors imposer l’utilisation des identifiants courants en Suisse, comme l’EPR-SPID. Cela clarifie que d’autres identifiants n’ont pas à (ou ne doivent pas) être implémentés.
Aux urgences, des patients peuvent arriver inconscients et sans pièce d’identité. Pour pouvoir les enregistrer dans le système principal, il faut par exemple que le traitement du nom soit optionnel. Dans le profil FHIR correspondant, le nom du patient peut donc être marqué comme facultatif. Cela aide les éditeurs à concentrer leurs efforts sur l’essentiel.
Happy End
Grâce au FHIR, les données de santé pertinentes sont disponibles pour le Dr Meier et ses collègues radiologues dans leurs systèmes habituels, de façon automatique et sans rupture. Plus besoin d’envoyer des images radiologiques par courrier, ni de retaper des données patient dans un système principal. Cela fait gagner du temps et de l’énergie, et le Dr Meier et ses collègues y gagnent au quotidien. Ces petits moments de soulagement peuvent même améliorer la précision diagnostique et aider à éviter de s’accrocher à de fausses hypothèses. Mara en profite donc doublement : une prise en charge plus rapide et de meilleure qualité. Elle peut ajuster son plan d’entraînement sans tarder et, avec un peu de chance, être de nouveau en forme à temps pour la compétition.
Conlucsion
Nous nous engageons à faire avancer le FHIR et, plus largement, l’interopérabilité du système de santé suisse. Pour cela, nous participons activement aux associations HL7 Suisse, IHE Suisse, IG eHealth et BioAlps. En tant qu’experts du digital, nous aimons aider nos clients avec des solutions qui leur apportent une vraie valeur ajoutée. Le FHIR est une pièce maîtresse de cette approche. Écrivons ensemble votre success story.
Dans cet article, nous vous avons donné un premier aperçu. Dans les articles à venir, nous approfondirons avec vous certains aspects de l’interopérabilité basée sur FHIR dans le domaine de la santé. N’hésitez pas à jeter un œil régulièrement à notre site ou à nous suivre sur LinkedIn.